La Poste : sept arguments contre la privatisation

1er argument : « Le statut public est un obstacle au développement de La Poste ! »

FAUX. Depuis des années, La Poste a prouvé le contraire par la création de 102 filiales et par l’explosion de sa croissance externe via l’achat d’entreprises dans le monde entier (quelques exemples : Exapaq pour 430 millions d’euros, Orsid pour 19 millions d’euros, création du réseau DPD en Allemagne, partenariat avec la SNCF pour le Fret GV…). De plus, La Poste vient de prendre position sur le marché du portage de presse et d’établir une tête de pont DPD en Chine !

La Poste a multiplié les partenariats financiers : Société Générale, Matmut, Crédit Municipal de Paris. Des accords de transport aérien ont été noués avec Air France/KLM, Sodexi, Aramex et même TNT.

L’entreprise publique a engagé, en 2004, un vaste programme de rénovation de son réseau d’acheminement et de distribution : La Poste investit 3,4 milliards d’euros sur 7 ans. Par ailleurs, 834 bureaux de Poste furent rénovés pour la seule année 2007.

2ème argument : « Il faut ouvrir le capital pour assurer l’unité de l’entreprise ! »

FAUX. Pourquoi s’être alors obstiné à détruire cette unité au fil des réorganisations/désorganisations (SOFT, NDO, PFT…) ? Les métiers, installés dans leur pré carré, développent leur propre stratégie, établissent leurs règles de gestion et déterminent, pour l’essentiel, une politique RH « maison ». À tel point qu’émergent de nouvelles appellations.

Ne parle-t-on pas, en effet, de « Groupe Courrier » ? Et voici que l’Enseigne se dote elle aussi d’un siège social…

La Banque Postale est la première à montrer la désunion plutôt que l’union ! Après un premier partenariat noué sur la monétique, elle va très probablement étendre sa collaboration avec la Société Générale pour la commercialisation des prêts à la consommation. En effet, rien n’interdit de penser que demain, dans trois ou cinq ans, les deux banques de détail mettront en commun leur réseau ! S’agissant de l’emploi, chacun comprendra que ce sera une soustraction et non une addition !

3ème argument : « Concurrence oblige ! »

La concurrence ne commencera pas à partir du 1er janvier 2011 ! Elle existe déjà. Aujourd’hui, hormis les envois de moins de 50 g, toutes les prestations de La Poste sont déjà en concurrence, y compris pour le livret A. Pourquoi donc changer de statut alors que l’entreprise publique fait face à la situation, et ce malgré les handicaps liés au désengagement financier de l’État !

La Poste publique tire toujours son épingle du jeu ! « Boosté » par l’e-commerce, le chiffre d’affaires de l’express a progressé de 8 % en 2007 par rapport à 2006 tandis que celui du colis a augmenté, pour la même période, de 7,4 %. Quant au produit net bancaire (PNB), il est en augmentation de 5 %. Seul le courrier, (11,57 milliards de chiffre d’affaires), navire amiral du groupe, connaît quelques difficultés. Lesquelles sont liées à une baisse des volumes (–2,5 % depuis le début de l’année 2008). Les postes allemande et néerlandaise, porte-drapeau de la privatisation, subissent d’ailleurs le même phénomène, dû au contexte économique.
Là encore, ce n’est pas un changement de statut qui effacera les effets de la crise des subprimes et l’envolée des prix de l’or noir.

L’ouverture du capital permettrait d’obtenir de lever en bourse 2 milliards d’euros de cash ! Mais pour quoi faire ? Quel est le véritable projet industriel de La Poste ? Grâce au travail des postiers, le résultat d’exploitation atteint 1,3 milliard pour un résultat net de 943 millions d’euros. La Poste n’a jamais fait autant de bénéfice ! Tant mieux ! Mais alors pourquoi privatiser ? Pour acheter encore des entreprises étrangères ? Pour conquérir des Marchés en Asie ? Pour être exposés aux aléas des indicateurs boursiers ? La Poste, nous l’avons vu, a démontré qu’elle pouvait dégager des marges de manœuvre pour assurer son développement. On veut nous faire peur ! Il faut sortir de ce raisonnement simpliste qu’on veut nous imposer, à savoir : « Il faut privatiser, sinon, nous allons être mangés ! » Tous les exemples montrent que la meilleure chance « d’être mangé » c’est justement d’entrer en bourse !

4 ème argument : « L’Europe ! »

On nous dit que seules les postes luxembourgeoise et française n’ont pas encore le statut de société anonyme. Et alors ? Comme si s’aligner sur les autres était un gage de vérité et de réussite. Rappelons aussi que les traités européens n’obligent pas les entreprises à changer de statut en cas d’ouverture des marchés.

Les résultats de nos voisins ne sont pas si reluisants qu’on nous le dit. En 1989, la poste allemande s’est séparée de ses services financiers. Face à la baisse spectaculaire de la fréquentation de ses bureaux, elle a fait machine arrière. La Deutsche Post a dû monnayer 2,3 milliards d’euros le rachat de sa propre fille, la Postbank. Mais la leçon n’a pas suffi : la Postbank va être de nouveau vendue ! Certes, la maison mère et l’État vont toucher un gros chèque mais pour les usagers le prix réel est douloureux : les 850 plus grands bureaux sont devenus des agences bancaires. Les autres ont été transformés en papeterie.

Pour les opérations postales, il suffit de s’adresser aux supérettes. La poste allemande est devenue une poste sans bureaux de poste ; c’est avant tout une entreprise de logistique qui réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires à l’international. Et qui commence à connaître de sérieux déboires, notamment aux USA. Enfin, et contrairement à une idée reçue, l’essor initial de la Deutsche Post n’est pas dû à son entrée en bourse : sa cotation est médiocre. Non, les acquisitions tous azimuts du géant d’Outre-Rhin sont le fruit du trésor de guerre accumulé à l’époque du monopole grâce à un prix du timbre le plus élevé d’Europe !
C’est le monopole qui a enrichi la poste allemande, ce n’est pas la bourse.

La poste belge appartient-elle encore aux Belges ? L’opérateur postal hollandais vient de se débarrasser de sa filiale messagerie express. Quant au fameux modèle suédois, il est surtout celui du « moins un tiers » : un tiers d’emplois en moins, un tiers des bureaux fermés !

5ème argument : « Les postiers pourraient devenir actionnaires de leur entreprise ! »

Chacun a une petite idée de ce que cela pourrait donner : au printemps 2008, les comptes de La Poste sont rendus public. Grâce au travail des postiers, le résultat d’exploitation atteint 1,3 milliard pour un résultat net de 943 millions d’euros. En contrepartie, chaque agent a royalement perçu un intéressement de 93 euros !

6ème argument : « Le changement de statut n’aurait aucun impact sur l’emploi ! »

FAUX. Que veut un actionnaire ? Gagner de l’argent ! Pour cela, on devra obligatoirement se plier aux règles des marchés boursiers qui sont toujours les même, à savoir : plus de bénéfices, moins d’emplois, plus de productivité, charges à la baisse, élimination des branches qui ne rapportent pas, délocalisations, etc. Cela veut dire, des conditions de travail en constante dégradation et des organisations en perpétuelles restructurations.

Contractuels comme fonctionnaires, cadres ou non cadres, tout le personnel sera concerné. Il n’y aura pas à La Poste de départs anticipés en retraite comme à France Télécom, inutile de caresser de faux espoirs, pas assez d’argent pour cela !

7 ème argument : « Le changement de statut n’aurait pas d’impact sur le service public ! »

Pourtant l’État se désengage ! La Poste a été contrainte de signer un chèque à l’État de 2 milliards d’euros et de s’endetter à hauteur de 1,8 milliard à titre de « compensation » pour le financement des retraites des fonctionnaires. Faut-il rappeler aussi que le coût des quatre missions de service public ? Accessibilité bancaire, service universel, transport/distribution de la presse et aménagement du territoire, pèsent entre 800 millions et 1 milliard d’euros sur les comptes de La Poste. N’oublions pas non plus que l’entreprise publique a versé à l’État un dividende de 141 millions au titre de l’année 2007 !

Quel sera à terme l’avenir du réseau et des bureaux de Poste «non rentables» ? La réponse paraît évidente : fermeture ou transfert vers les collectivités locales !

De quoi sera fait le monde postal demain ?

Un État majoritaire, même dans une société anonyme, subirait toujours les foudres de Bruxelles à chaque fois qu’il investirait un centime dans La Poste : abus de position dominante ! Il est donc faux d’affirmer qu’une société anonyme contrôlée par l’État serait libre d’agir à sa guise.

L’arrière-pensée est bien de procéder comme avec France Télécom et de passer rapidement sous la barre des 50 % du capital. Cela s’appelle une privatisation.

L’ouverture des marchés du courrier favorisera-t-elle l’émergence de nombreux opérateurs alternatifs ? Y aura-t-il au contraire constitution d’oligopoles, de car tels imposant leurs tarifs aux dépens des clients ? Est-on bien sûr d’emprunter le bon chemin ?

La démocratie exige que l’on en débatte, au sein de La Poste comme dans tout le pays.

Malgré le flou du projet, le Gouvernement et La Poste sont explicites dans leur choix : ils veulent transformer l’exploitant public en société anonyme. Nous avons montré que cette opération, purement idéologique, serait inutile et néfaste pour les usagers et les salariés. La Poste dispose de tout l’outillage juridique pour se défendre face à ses concurrents. Prétendre que des actionnaires accepteraient de rogner sur leurs dividendes pour financer le service public est une hypocrisie ou une naïveté.

Une pensée sur “La Poste : sept arguments contre la privatisation”

  1. La privatisation est une très mauvaise idée. Je crois au service public, à la poursuite de l’intérêt général. Tout n’est pas que spéculation. Les gens se plaignent déjà du coût de la vie actuellement. Si la poste est privatisée, je me demande combien coûtera les opérations que l’on devra y effectuer.

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