Crise bretonne : c’est l’Etat, la majorité présidentielle qui proposent aujourd’hui des solutions

Les membres de l’Alliance citoyenne ont déposé un vœu lors du Conseil municipal du 2 décembre, demandant une régionalisation accrue. Honoré Puil a régi au nom du groupe Radical de Gauche, rappelant qu’aujourd’hui c’est l’Etat et la majorité présidentielle qui proposent des solutions à la sortie de la crise, via le Pacte d’Avenir pour la Bretagne.

Monsieur le Maire, Chers collègues,

Le vœu déposé par le groupe Alliance Citoyenne à l’égard de notre organisation territoriale à de quoi interpeller mais ne surprend pas du point de vue politique. Il est conforme à vos convictions. Elles sont tout à fait respectables.

Évidemment,  je  partage le constat sur “les difficultés du secteur agro-alimentaire et plus généralement industrielles en Bretagne”. Qui ne le ferait pas ?
Mais de ce fait constaté, vous en profitez  pour glisser vers la question du mode de gouvernance de notre pays et pour avancer vers des revendications régionalistes qui n’ont pas grand chose à voir avec la crise économique qui frappe notre région.

Les choses sont d’ailleurs désormais très claires après la manifestation de samedi dernier. Les salariés légitimement inquiets pour leurs emplois se sont fait tout simplement voler leurs revendications, sur la prairie de Kérampuil, par les élites autoproclamées de la bretonnitude.

Mais au nom de qui et de quoi parlent ces gens ? Il y a plus de trois millions d’habitants dans notre région et depuis 2004 ils se sont régulièrement prononcés plutôt en faveur de  gauche républicaine. Celle-là même qui soutient le pacte d’avenir proposé par le 1er ministre.

Ce pacte vise à confirmer le lien de confiance entre l’Etat et les acteurs de la région alors que les bonnets rouges de Carhaix sont dans un mouvement de défiance vis à vis de l’Etat soit parce qu’ils entendent en profiter pour promouvoir un projet politique soit parce qu’ils souhaitent se dédouaner de leurs propres responsabilités dans la crise actuelle :  je pense tout particulièrement aux acteurs économiques du secteur agricole.
Vous parlez de “forte demande de participation à l’élaboration des décisions”, mais dans le Finistère, c’est la FDSEA qui est aux commandes, c’est elle qui contrôle la chambre d’agriculture, le crédit agricole et nombre d’autres organisations. En quoi, l’Etat serait-il responsable de l’incurie de ces gens qui n’ont voulu tenir compte d’aucune recommandation, qui n’ont pas voulu voir le monde changer autour d’eux ?

Car la réalité, c’est aussi celle de certains industriels qui ont été gavés aux subventions européennes et qui n’ont pas jamais eu le courage d’imaginer un autre avenir pour leurs entreprises alors même que la situation que nous vivons aujourd’hui est annoncée depuis 30 ans.

Oui, 30 ans, puisque j’ai sous les yeux un article de  1984 d’un géographe rennais, Corentin Canevet, spécialiste de l’agriculture bretonne. Il y annonçait ce que nous connaissons aujourd’hui.  Ces gens savaient, depuis longtemps, que cette perfusion européenne allait s’arrêter. Y a t-il eu réaction ? Non.

Il se trouve que j’ai travaillé à la toute fin des années 70 dans un abattoir. J’avais déjà observé les problèmes soulevés notamment par le manque de qualification, l’illétrisme de certains  salariés, le mépris des dirigeants vis à vis de leurs employés. Il est toute de même incroyable de relever que trente ans plus tard nous en soyons toujours au même point. Et qui ose enfin  secouer ces industriels ? C’est l’Etat !  L’Etat et son pacte d’avenir qui insistent sur la nécessaire gestion prévisionnelle des emplois et des compétences des salariés, sur la lutte contre l’illettrisme, sur le dialogue social !

Il se trouve que l’un des syndicalistes GAD – que vous avez sûrement vu à la télévision – est l’un de mes amis. Il fait partie de la charrette des licenciés. Combien de fois n’a t-il attiré en comité d’entreprise l’attention des dirigeants sur la nécessité d’anticiper ?  De s’interroger sur une nouvelle stratégie ? Sans réponse. Aucune réponse.

Vous le voyez le slogan “décider et travailler au pays” est loin d’être la réponse. Je pense même que beaucoup d’acteurs locaux ont failli !

Dans l’immédiat, je note que c’est l’Etat, la majorité présidentielle,  avec son pacte d’avenir – même s’il y manque à notre avis un chapitre sur l’entreprenariat en Bretagne –  qui proposent  aujourd’hui des solutions. Et puis bien évidemment, il y a un partenaire essentiel dans tout cela c’est l’Europe et la nécessité d’avancer vers plus d’Europe, plus d’Europe fiscale et sociale.

Nous ne voterons pas ce voeu.

Crise agricole : le gouvernement a sa part de responsabilité

Le gouvernement a sa part de responsabilité dans les raisons qui poussent les agriculteurs à manifester aujourd’hui, estiment Honoré Puil (président départemental du Parti Radical de Gauche, et Vice-président de Rennes Métropole) et Pierre Christen (Conseiller municipal PRG de Rennes). En effet, différentes mesures gouvernementales ont détricoté les systèmes nationaux qui protégeaient la production agricole vis à vis des fluctuations des cours mondiaux et des déséquilibres des marchés.

Rappelons que la crise qui frappe les éleveurs laitiers a été aggravée par la décision de Bercy d’interdire la fixation professionnelle du prix du lait.

Dans le même temps, la loi de modernisation de l’économie (LME), censée améliorer la pouvoir d’achat des Français, a surtout déséquilibré les rapports de force en donnant plus de pouvoir encore à la distribution, secteur pourtant déjà très concentré.

On ne peut que s’étonner de la naïveté du clan gouvernemental. Dernièrement, le président UMP de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, Patrick Ollier, affirmait que la LME était « contournée par des méthodes inacceptables » dans le cadre des relations entre agriculteurs et distributeurs.

Ne cherchons pas de bouc émissaire ni du côté des distributeurs, qui utilisent les outils que le gouvernement a bien voulu mettre à leur disposition, ni du côté de la Commission européenne, face à laquelle les Ministres de l’Agriculture de l’ère Sarkozy ont défendu une position libérale de la production, inédite dans l’histoire hexagonale.

C’est bien le gouvernement et sa visée ultra-libérale qui met aujourd’hui les agriculteurs dans la rue.