Réforme territoriale : cette question des périmètres de la Région nous détourne des vrais enjeux

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer ma position en Conseil d’agglomération de Rennes Métropole sur les vœux proposés. Le débat en Bretagne porte trop sur la Carte. Cette question de la Bretagne à 4, 5 ou plus introduit des crispations,  brise toute réflexion posée sur le sujet des compétences des diverses collectivités et leur meilleure articulation possible. Ce qui est pourtant le sujet essentiel.

La faute en revient certainement au gouvernement qui a inversé l’ordre des priorités. Il fallait d’abord parler compétences et ensuite rechercher la meilleure manière de les exercer. Mais pour cela, il fallait du temps. La loi Joxe-Baylet de 1992 sur l’intercommunalité avait été précédée de 18 mois de concertation, la loi Chevènement sur les communautés d’agglomération également. Tel n’a pas été le choix de l’exécutif. Les Radicaux de Gauche le regrettent fermement.

C’est ce que les sénateurs radicaux de gauche ont voulu signifier en s’opposant en fin de semaine  à l’inscription de l’ordre du jour du sénat du texte proposé et en sollicitant une étude d’impact sérieuse sur les conséquences de cette transformation sur l’organisation de notre République. Car dans ce texte sur l’organisation territoriale rien n’est prouvé ! Les affirmations péremptoires se succèdent les unes aux autres. En quoi cette nouvelle organisation rapproche-t-elle les citoyens des élus ? J’ai la faiblesse de penser qu’un conseiller général élu au scrutin majoritaire à deux tours est plus proche des citoyens qu’un obscur conseiller régional élu sur un fond de liste ?

En quoi a-t-on démontré que le département n’était plus utile ? D’ailleurs, je note que le gouvernement a fini par le reconnaître puisque d’une décision de suppression immédiate on parle maintenant d’une suppression en 2020 – c’est-à-dire une éternité sur le plan politique – c’est donc bien que ce bon vieux département a un intérêt. Sans doute peut-on imaginer dans les départements fortement urbanisés qu’une évolution puisse avoir lieu (car oui, la recherche d’une nouvelle organisation territoriale est utile) ….mais pour les départements  ruraux les radicaux de gauche considèrent que le département a toute sa place notamment par l’action qu’il mène en faveur de l’égalité des territoires.

Car cette question des périmètres de la Région nous détourne des vrais enjeux. Qui peut croire que l’on va relancer la croissance avec une telle réforme ? A quoi cela nous sert-il d’avoir une région à cinq départements si nous n’avons pas les moyens de l’aménager ? Je rappelle l’objectif de cette réforme territoriale : un plan d’économie sans précédent imposé aux collectivités locales. Concrètement, d’ici à 2018, la capacité d’investissement du Conseil général va passer de 160 à 110 millions d’euros par an. Soit 50 millions d’euros en moins, notamment pour les entreprises du département qui s’occupent des infrastructures routières.

Allez dire aux entreprises du bâtiment que l’action du Département n’est pas importante, que la suppression des Conseils généraux est indispensable. J’aimerais bien savoir comment vous allez expliquer aux Rennais qui font régulièrement le parcours Rennes Redon que la Bretagne historique est plus importante que l’axe Rennes-Redon. Parce que cet axe ne sera plus prioritaire pour la future Région Bretagne. Parce que la gestion du Conseil général en Ille-et-Vilaine en matière d’infrastructures routières a été meilleure que dans d’autres départements.

Nous devons mener aujourd’hui est un travail de pédagogie, à l’égard de cette réforme, en nous posant les bonnes questions. Elles sont indispensables pour comprendre les enjeux de cette réforme. Quelles conséquences pour les Métropoles du transfert dès 2017 des compétences sociales du Conseil général ? Je rappelle que l’article 37 du projet de Loi qui porte sur la question des compensations stipule qu’elles seront maintenues au niveau constant, correspondant au moment du transfert des compétences. Je rappelle également que le Conseil général d’Ille-et-Vilaine a dû voter dernièrement une rallonge de 7 millions d’euros pour faire face à une augmentation des demandes d’aide sociale. Dans l’avenir, c’est nous qui devront y faire face. Avec quelles garanties de compensations pour assurer ces nouvelles missions ? Aucune.

Quelles seront les conséquences de la mise en place d’une Région, certes avec des compétences augmentées, sans toutefois qu’elle ne bénéficie de la clause de compétence générale? Comment assurera-t-on la solidarité avec les autres collectivités intercommunales du territoire, moins bien dotées financièrement.  Sans système de péréquation, j’exprime ici une crainte, celle d’une déstabilisation, celle de voir l’écart entre zones rurales et zones urbaines s’accroître à l’échelle de l’Ille-et-Vilaine. Or, ce sont des zones où le vote contestataire s’exprime le plus fortement.

Mais venons-en au vœu présenté par nos collègues écologistes.

Ce vœu nous parle de « volonté forte des habitants de la Bretagne administrative et de Loire-Atlantique » à « vivre ensemble ». Nos collègues s’expriment au nom d’une opinion publique qui attendrait la réunion de la Bretagne et de la Loire-Atlantique. Rien ne permet de démontrer ou d’affirmer cela. Surtout pas le sondage publié ce jour même. Pas même ceux réalisés les temps passés.

Le mieux serait, comme le propose, d’ailleurs le vœu de nos collègues du Front de Gauche – que je partage sur certains points – d’organiser un référendum pour en finir – une bonne fois – avec cette sempiternelle question du rattachement. Si les habitants de la Loire-Atlantique, à l’occasion de ce référendum décidaient de rejoindre la Bretagne historique, nous en tiendrions compte. S’ils décidaient le contraire aussi. Mais au moins nous sortirions de ce débat un peu pesant.

Nos collègues mentionnent aussi que la « disparition du département est indispensable ». Encore une fois rien n’est prouvé. Mais nous sommes clairement là dans une position idéologique – que les radicaux respectent – et qui consiste à privilégier le couple région/Europe. C’est un choix. Ce n’est pas le nôtre. Les Radicaux pensent que l’Etat a toute sa place à jouer notamment comme garant de notre unité républicaine et sociale telle qu’elle trouve aussi à s’exprimer au travers des départements. Décentralisation oui (encore qu’il en soit très peu question dans cette réforme) mais également déconcentration pour un état territorialement fort. Faute de quoi c’est autre chose, de l’autonomie, du chacun pour soi. Mais ce n’est plus la république…c’est un autre projet politique.

De même en quoi est-il démontré qu’une « refonte de l’organisation territoriale en espaces de plus grande taille est nécessaire » ? S’il s’agit de viser l’agrandissement de l’espace régional  rien n’est prouvé.  Partout dans le monde des espaces plus petits fonctionnent très bien. Il ne s’agit pas d’une question de taille mais de moyens. En revanche, s’il s’agit de renforcer l’intercommunalité comme territoire de projet et de proximité, évidemment oui. Mais allons jusqu’au bout supprimons les petites communes !

Le vœu du groupe socialiste de la mairie de Rennes  est au fond le vœu du bon sens. Il consiste à dire qu’à l’époque des réseaux sociaux, de l’internet, nous pouvons travailler ensemble au-delà de cette question des frontières qui est au fond une vision extrêmement administrative des choses. Et d’ailleurs, nous le faisons déjà très largement dans les domaines de l’économie, de la culture, de l’enseignement supérieur, de la recherche. Il est possible de faire encore plus et mieux mais il y a bien longtemps que les étudiants, les entreprises ne se posent plus cette question au quotidien du découpage géographique. D’ailleurs à ce jeu, ce n’est pas la Loire-Atlantique qu’il faudrait rattacher à la Bretagne mais la Mayenne car c’est avec ce département qu’il y a le plus d’échanges quotidiens. Notre situation actuelle d’une Bretagne à quatre, n’a pas empêché le plan routier breton, le développement de nos grandes coopératives agricoles, le CELIB, le développement de Rennes et des autres territoires, la place importante donnée à la culture bretonne …ceci suffit à démontrer que la volonté, l’ambition collective, les moyens sont bien plus utiles pour le développement d’un territoire que tout autre élément.

SDCI : avis défavorable des élus PRG

Schéma Départemental de Coopération Intercommunale

Le Schéma Départemental de Coopération Intercommunale (SDCI) proposé par le préfet était présenté au Conseil municipal lors de la séance du 4 juillet. Au nom des élus Radicaux de Gauche, Honoré Puil est intervenu pour expliquer en quoi ce schéma, et les redécoupages territoriaux qu’il impose, ne correspond pas aux enjeux de nos territoires.

Le Schéma Départemental de Coopération Intercommunale qui nous est présenté par le Préfet, et sur lequel nous avons à nous prononcer ce soir, ponctue de nombreux mois de débats qui ont eu lieu dans l’ensemble des collectivités du département.

À Rennes, c’est au sein du Conseil communautaire que nous nous étions exprimés en 2010. Prenant la parole au nom des Radicaux de Gauche, j’avais argumenté à l’époque que  nous étions d’accord pour mettre en place des dispositifs plus cohérents correspondant davantage aux territoires vécus et que cela supposait naturellement un élargissement de Rennes Métropole, mais en priorité vers les communes du Pays de Rennes  parce que nous avons déjà, avec ces communes et EPCI, des expériences de travail en commun : je pense au SCOT, au Pays touristique, à la charte d’urbanisme commercial etc…

C’est cette logique de territoire vécu qui nous fait douter de la pertinence du schéma proposé par le préfet.

La réforme de l’intercommunalité devait permettre de réintroduire de la cohérence dans les découpages territoriaux.  Il n’y en a pas. Pour cela, le préfet aurait dû faire preuve de courage et ne pas proposer une carte élaborée au trébuchet de toutes les influences.

Elle ne tient pas compte de la logique de bassin de vie.

Soulignons tout de même que le préfet tient compte de cette logique quand cela l’arrange. Un seul exemple puisé dans l’actualité récente : celui de la commune de Romillé. Romillé fait partie de notre bassin de vie. Le préfet vient d’ailleurs explicitement de le reconnaitre en se servant de l’exemple de l’ouverture du supermarché de Romillé le dimanche matin pour refuser de prendre un arrêté de fermeture des supermarchés sur notre territoire. Malgré cela Romillé resterait rattaché à Brocéliande. Où est la rationalité là-dedans ? La nouvelle carte de l’intercommunalité fourmille d’exemples aussi absurdes !

Pas de rationalisation non plus lorsque des communautés de communes avec lesquelles nous travaillons régulièrement sont laissées de côté soit parce que trop jeune, soit parce que trop riche où les deux à la fois : je pense à Liffré, Chateaugiron et au Val-d’Ille.

Le résultat : une carte de Rennes Métropole qui irait de Laillé à Romazy, mais qui oublierait Noyal-sur-Vilaine, Bréal-sous-Monfort, Liffré et le Val d’Ille – communauté de communes  que nous avons toujours appuyé notamment dans ses développements commerciaux.

En 2010, j’expliquais qu’il fallait rester attentif à la manière dont allait s’exercer dans le futur la solidarité communautaire et métropolitaine : l’arrivée de communes moins favorisées et moins peuplées doit se compenser par l’entrée dans la métropole de communes plus favorisées et plus peuplées. Le danger est en effet de laisser se constituer des « bastions de riches », en marge de Rennes Métropole.

Malheureusement, cette intuition s’est vérifiée, et cela montre que ce schéma obéit à des logiques politiques gouvernementales, très éloignées de la réalité de nos territoires, et dans lesquelles le souci de l’intérêt général reste à prouver.

Nous voterons donc le rapport présenté, qui propose un avis défavorable au schéma tel qu’il existe actuellement.

Avenir de Rennes Métropole : approfondir, avant d’élargir

Le conseil communautaire de Rennes Métropole discutait, jeudi 29 avril dernier, et à la demande du Préfet, de l’avenir de l’intercommunalité, dans l’optique d’une réforme de la carte intercommunale. Pour le PRG, qui s’exprimait par la voix d’Honoré Puil, cela suppose pour l’agglomération rennaise que l’on examine d’abord le projet communautaire, avant de se fixer comme objectif le statut de « métropole ».

Monsieur le Président,
Chers collègues,

Le rapport dont nous sommes saisis ce soir est sans doute la première pierre posée sur le long chemin qui nous conduit vers une agglomération élargie. Ce débat nous ne pouvons pas y échapper puisqu’il se tient à l’initiative du représentant de l’État. C’est en effet le gouvernement, à travers la réforme territoriale, qui a mis sur la table la question de la taille des intercommunalités, et de l’achèvement de la carte intercommunale.

Pour autant, les arguments que nous entendons au niveau national, sur la faiblesse des communautés de communes ou sur les communautés urbaines inachevées concernent moins Rennes et la Bretagne que des territoires comme Marseille, Toulouse, ou la région lyonnaise. Car nous avons ici une très longue expérience du travail en commun et du fait intercommunal. La manière dont nous avons su construire, au fil des ans, notre intercommunalité, est souvent prise en exemple. En effet, cela fait quarante ans maintenant que l’agglomération rennaise s’est constituée en district, puis en communauté d’agglomération.

Pour ce qui est de l’évolution de l’intercommunalité, la position des élus Radicaux de Gauche est claire : nous sommes d’accord pour mettre en place des dispositifs plus cohérents, qui correspondent davantage aux territoires vécus. Cela suppose naturellement un élargissement de Rennes Métropole, mais en priorité vers les communes du Pays de Rennes (je n’oublie pas bien évidemment la problématique particulière de la commune de Le Verger). Nous avons déjà, avec ces communes et EPCI, une expérience du travail en commun. Pensons au SCOT (qui est un des documents les plus importants fixant le cadre d’action de Rennes Métropole), à ce qui est fait au niveau du Pays touristique, en matière d’agriculture, d’habitat ou encore à la Charte d’urbanisme commercial, qui elle aussi témoigne de la solidarité qui est la nôtre vis-à-vis de territoires plus éloignés du noyau urbain.

Chacun voit bien qu’avant d’imaginer de pouvoir nous élargir à la totalité de notre aire urbaine, nous avons d’abord à approfondir notre culture commune avec celles et ceux qui nous sont les plus proches ; à vouloir aller trop vite ne risquerait t-on pas de fragiliser l’objectif final : à savoir le renforcement de notre communauté et ce quelque en soit le statut ultérieur ? Avançons par cercle concentrique – dans l’esprit mentionné dans le vœu – ; à un élargissement qui serait trop rapide préférons la démarche prudente de l’approfondissement

Bien évidemment lorsque nous mentionnons prioritairement le Pays de Rennes, il s’agit bien de tout le Pays de Rennes. Nous devons rester attentifs à la manière dont va s’exercer dans le futur la solidarité communautaire et métropolitaine : il nous faudra veiller à un certain équilibre entre l’arrivée de communes moins favorisées et moins peuplées et l’entrée dans la métropole de communes plus favorisées et plus peuplées. Le danger serait en effet de laisser se constituer des « bastions de riches », en marge de Rennes Métropole.

Un mot, maintenant, sur le statut de « métropole », tel que le prévoirait la loi issue du rapport Balladur. Nous pensons qu’il ne faut pas le poser comme préalable à toute évolution. D’abord, nous ne savons pas ce qu’il adviendra du projet de réforme territoriale. 2012 est dans toutes les têtes. En tout état de cause ce statut de « métropole », doit être vu en prenant en considération le Département, auquel le PRG est très attaché comme les français dans leur ensemble. Personne ne conteste, je crois la nécessité de clarifier les compétences des uns et des autres mais il ne faudrait pas subrepticement en arriver à vider de sa substance le département. Nous n’’irions d’ailleurs pas dans le sens souhaité par nos concitoyens comme le révèle le sondage tmo du 7 avril dernier. A la question, quel échelon parmi les collectivités territoriales faut-il supprimer ils ne citent le département qu’en troisième position, derrière la région (mais il est vrai qu’il n’en restera pas grand-chose si le projet de loi portant réforme des collectivités locales voit le jour) et l’intercommunalité. C’est dire si nous avons des efforts à faire pour expliquer ce qu’est l’intercommunalité et ce qu’elle apporte à nos concitoyens !

Pour les Radicaux de Gauche, il ne faut pas commettre l’erreur qui consiste à concentrer l’essentiel des ressources du département au sein d’une métropole, dotée de compétences élargies et rassemblant, autour d’un noyau urbain, une vaste zone périurbaine, laissant au Conseil général d’Ille-et-Vilaine la gestion de territoires ruraux, éloignés des centres urbains, à la population vieillissante, et amputés des ressources – économiques et démographiques – nécessaires à leur développement.

Par ailleurs, il faut dès maintenant se poser la question : pour mettre en œuvre son projet communautaire, Rennes Métropole a-t-elle vraiment besoin de gérer les collèges et les lycées ? De gérer l’aide sociale ? De s’occuper des routes ? Bref, de prendre au Conseil général les compétences qui lui permettent de déployer des politiques publiques solidaires. Surtout lorsqu’il décide, comme en Ille-et-Vilaine, de créer des agences départementales pour se rapprocher de la population.

Voilà pourquoi je me réjouis de relever qu’est réaffirmée, à plusieurs reprises, dans le texte dont nous discutons ce soir la notion de solidarité départementale.

En définitive, oui nous devons nous donner les moyens de mettre en œuvre un projet communautaire au service de notre développement territorial. Cela passe par le renforcement de notre coopération intercommunale et à notre capacité à travailler ensemble. C’est je crois aussi l’esprit dans lequel a été préparé ce vœu que voteront les élus communautaires du Parti Radical de Gauche.

Rebonjour la France des Préfets et des Sous-Préfets !

Le groupe Communiste a présenté, lors de la séance du Conseil municipal du 8 février, un vœu contre la réforme territoriale. Honoré Puil est intervenu au nom des élus PRG, en s’interrogeant sur l’opportunité d’engager une telle réforme en période de crise économique, et en demandant qu’un référendum soit organisé sur la question.

Monsieur le Maire,
Chers collègues,

Nous nous associons au vœu présenté par le groupe Communiste, que nous voterons naturellement.

La première question que nous nous posons, à l’examen du paquet de réforme imposé par la droite, est simple : était-il bien opportun d’engager un si vaste chantier dans un contexte de graves difficultés économiques, sachant que les collectivités locales jouent le rôle d’amortisseur social ? Toute cette entreprise, parce qu’elle est guidée par des impératifs politiques et politiciens, est menée en dépit du bon sens. La logique commandait que soit d’abord posée la question : qui fait quoi ? De la clarification des compétences aurait pu découler une vraie réforme des finances locales. Ce n’est apparemment pas le choix de la droite…

Le premier élément qui nous interpelle, dans cette réforme, c’est bien entendu la suppression de la taxe professionnelle, remplacée sans être compensée par un bricolage constitué de la Contribution Économique Territoriale. Et comme il faut bien trouver de l’argent où il faut, le gouvernement vient de créer une nouvelle taxe sur les pylônes, qui vise depuis le 1er janvier les stations de radio. On connaissait déjà la taxe sur le poisson, bientôt il pourrait y avoir une taxe sur les bonbons, ou une autre sur le shampoing…

A ce propos, je lisais dernièrement un dossier paru dans La Tribune du 18 janvier dernier : «Taxe professionnelle, avantage aux riches», au premier chef les Hauts-de-Seine, Paris et Neuilly-sur-Seine. La Corrèze va-t-elle définitivement rejoindre le Zambèze ? Car une fois de plus, la péréquation est en grande partie passée à la trappe, renvoyée à des jours qui ne se lèvent pas, alors que cette question représente chaque année davantage un élément clé de la décentralisation.

Le Gouvernement prétend vouloir assurer une compensation à l’euro près, mais il déclare en même temps que «l’objectif de la loi est de dégager des économies substantielles». Quelle alchimie permettra donc d’économiser 20 milliards d’euros sur le chevauchement des compétences. Est-ce la création du conseiller territorial ?

Et c’est là le deuxième élément de la réforme qui nous inquiète. Siégeant à la fois à la Région et au Département, le conseiller territorial sera forcément un élu à plein temps. L’exercice, par un conseiller territorial, d’une activité professionnelle sera de facto impossible. Cela engendrera la création de professionnels de la politique, qui ont absolument besoin de leur mandat pour manger. Où est la proximité là dedans ?

Et comme ces élus ne pourrons pas être au four et au moulin, on imagine que leurs suppléants (ou plutôt leurs suppléantes) puissent assurer des représentations, mais sans être indemnisés. On assistera là à une forme moderne d’esclavage, conjugué d’un recul de la parité auquel nous devons nous attendre du fait du mode de scrutin imaginé.

Le conseiller territorial va-il gagner en efficacité en étant écartelé entre deux échelons aux fonctions très différentes ? Cela fait beaucoup pour un seul homme qui aura deux mandats qui compteront pour un.

Comment ne pas aborder, aussi, la question du cumul des mandats par ces conseillers territoriaux, ainsi que celle du statut de ces élus, voués à devenir inéluctablement des voyageurs-représentants-politiques, certes moins nombreux que les conseillers généraux et régionaux, mais affublés de remplaçants mis en appétit ?

Dès lors, quand j’entends que les élus coûtent cher – c’est un discours récurrent – et que, à ce titre, il en faudrait deux fois moins, je m’interroge sur la pertinence d’un tel argument. Est-ce du gaspillage que d’avoir dans notre pays des élus qui prennent quotidiennement le pouls de nos concitoyens, qui les écoutent et tentent de répondre à leurs difficultés ?

Ce qu’a fait récemment le Président de la République à la télévision lors d’un Propaganda Show digne du Vénézuela d’Hugo Chavez, nos élus locaux le font tous les jours, sur le terrain, dans l’ombre et sans publicité !

Pour terminer, je dirais qu’avec ce paquet de réformes nous assistons à une véritable recentralisation. L’idée d’évaporation des départements et des communes est clairement mise en œuvre avec la création des deux couples : communes / intercommunalité et département / région.

Le XXIème siècle est le siècle des villes, qui doivent disposer de moyens assurant leur rayonnement. Ce à quoi répond la création des métropoles. Pour autant, il faut prendre garde à ne pas faire en sorte qu’en absence de péréquation, elles captent toutes les richesses d’un territoire.

Enfin, les pouvoirs exorbitants donnés au Préfet en matière de coopération intercommunale sont le signe, une fois de plus, de la recentralisation qui s’avance. Mais comme je le disais en janvier, la décentralisation, initiée en 1982 par la Gauche, n’est bel et bien plus à l’ordre du jour. Rebonjour la France des Préfets et des Sous-Préfets !

Avec cette réforme, c’est l’architecture administrative de la France, héritée de la Révolution Française de 1789, qui est remise en cause.

Pour notre part, nous considérons qu’il est nécessaire de clarifier les compétences ; que nos territoires pourraient être modernisés ; que les cantons – par exemple – pourraient être redécoupés, y compris sur le plan électoral. Mais une telle réforme, par son importance, suppose l’assentiment de tous les Français, C’est pourquoi les Radicaux de Gauche demandent qu’un référendum soit organisé.

Réforme des collectivités : « Reprise en main et étouffement des pouvoirs locaux »

Conseil municipal du 5 octobre 2009 – Pendant la discussion d’un voeu, présenté par la Majorité municipale, sur la suppression de la taxe professionnelle, Honoré Puil est intervenu au nom du groupe PRG, dénonçant une « reprise en main » et un « etouffement » des pouvoirs locaux.

Monsieur le Maire,
Chers collègue,

Je remercie notre collègue François André d’ouvrir le débat par ce vœu, sur la réforme des collectivités engagée par le gouvernement.

Sans détailler ici l’ensemble des mesures proposées, je souhaiterais m’attarder sur une disposition centrale du projet, assez révélatrice de l’état d’esprit qui a prévalu à son élaboration. Il s’agit de remplacer une organisation où à chacun des trois échelons correspond un type d’élu, par une formule où l’élu territorial siègerait le lundi au Conseil Général, le mardi au Conseil Régional, dieu ou le diable sait où le mercredi ! Comme simplification, vous admettrez qu’on fait mieux.

Regardons du côté de nos voisins européens, non pour copier leur « mille-feuilles administratif », mais pour en comparer la recette. Et l’on s’aperçoit qu’à l’exception de quelques pays parmi les plus petits, les Européens connaissent un découpage semblable au nôtre, et il s’avère que le « mille-feuilles français » est, au final, plutôt digeste.

Hélas, ce projet s’inscrit dans un processus plus global qui mène à une « reprise en main » des collectivités territoriales. Ces dernières ont d’abord subi de nombreux transferts de charges qui ne se sont pas accompagnés de transferts équivalents de ressources.

Puis vint l’annonce de la suppression de la taxe professionnelle qui rognera encore plus leur autonomie financière et rompra le lien entre entreprises et territoires. Au final, après avoir organisé l’asphyxie financière des collectivités le gouvernement prépare leur étouffement démocratique.

Plus grave, les promoteurs de cet avant-projet de loi stigmatisent les élus locaux avec une dangereuse brutalité, une vision relevant plus de l’image d’Epinal, assez éloignée de la réalité de nos territoires. A ceux-ci, je dis qu’en matière de gouvernance et d’endettement les collectivités locales font plutôt figure de modèle si on les compare aux institutions étatiques.

Et l’on voit que, subrepticement, s’immiscent dans le débat, dans les médias, des relents poujadistes, où l’on argue que « les élus coûtent cher » et qu’en diminuer le nombre serait la garantie d’efficacité et d’économies.

Or il faut rendre ici hommage aux nombreux élus locaux qui participent grandement à la vie démocratique, à l’aménagement du territoire, incarnent la présence publique en particulier dans les quartiers et dans les zones rurales délaissées par l’Etat. Tout cela, en pesant considérablement peu dans les budgets de leurs collectivités.

Ce prétendu acte III de la décentralisation s’apparente plus à un acte I de la recentralisation. Malgré les oppositions à ce projet venant de gauche comme de droite, le gouvernement s’entête à inscrire à l’ordre du jour du Parlement l’examen de ce texte dès l’automne, ajoutant à la myopie la surdité. Face à ce repli jacobin, les Radicaux diront, de toutes leurs forces, à toutes les tribunes, non à cette réforme, oui à la décentralisation.